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 bouteilles à la mère; textes © Laly.

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découvre muteens.
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MessageSujet: bouteilles à la mère; textes © Laly.   Mer 24 Mar - 20:54

Pirate au long cours.

Ils sont deux. Il est pirate, pirate au long cours qu'une fille - même pas une femme - a enlevé aux eaux avant même que son nom n'ait pu faire le tour des océans. Elle est cette enfant pas assez grande pour aimer, ne connaît de la vie que ce que des vieux romans ont bien voulu lui en donner. Ils ont emménagé dans un petit bout de bonheur qu'ils sont allés décrocher avec la force de ceux que la vie a oubliés. Avec ce qui lui restait, il leur a construit une routine et s'escrime à tout résoudre sans jamais la mêler aux adversités. Le soir, rentrant, usé, il retrouve le bonheur de la regarder voler, courir, et toucher les étoiles. Elle vit en funambule, danse pour deux sur leurs matelas et se penche aux fenêtres en emportant son cœur dans ses courses folles. Il la voit mourir à tous les instants, trop jeune pour survivre. Ce n'est qu'histoire de lucidité : il sait tout de son ignorance mais n'ose lui dire que oui, le petit chat est mort : crevé, éventré, vidé, empaillé. Ils ont tué le chat. Il l'a lui-même achevé sans ménagement un jour où la faim le tiraillait. Il se dégoûte mais craint par dessus tout de la voir se faner. Même ses mains ne se posent sur elle qu'après consentement, il tremble à l'idée de la salir. Elle l'aime sans avoir l'âge requis pour chercher plus loin.

Il a toujours été habité par un goût inassouvi pour la fantaisie, l'épique et le grandiose. Voilà pourquoi il avait pris les mers et mis les voiles. Mais, avant même d'avoir réalisé tous ses rêves de petit garçon, il avait rencontré cette jolie fille et accepté à l'insu de son plein gré d'endosser un autre costume. Celui qu'elle voulait et qu'il a un peu modifié. Il est devenu le passionné, le transi écorché, meurtri tout juste comme il faut. Il a accepté de tout quitter pour vivre ardemment mais tout rate, tout lui échappe. Il s'écroule, il doute et, de loin en loin, lui en veut de l'avoir poussé si loin de la postérité, d'avoir emporté ses rêves. Il imaginait des soupirs de mutilés, des pleurs d'estropiés peuplant des moments grandiose. Ils ne savent que vivre dans les hésitations et les bredouillements. Ces entorses aux règlements qu'il s'imagine ne viennent jamais et leurs vies peinent à sortir de l'ordinaire. Il aurait voulu y briser leurs chevilles et leur cou, créer une histoire à faire pleurer les petites filles. Il n'y parvient pas. Ces ratés peu communs l'agacent.

La nuit amplement entamée, il se couche à ses côtés et décrypte des sourires rêveurs. Il apprend peu à peu à s'en contenter. Mais il est pirate, poisson pris dans les mailles du filets. Il n'est pas pécheur mais il sait ; nulle autre issue aux contes de fées ratés.

Et je sens encore son souffle sur mon cou, frôler mes cervicales.
[je préviens tout de suite, il y a deux ou trois mots un peu crus]

Je me traînais chaque jour à son chevet, yeux baissés et fers aux pieds. Un air d'animal apeuré sur le visage, l'expression de celui qui doit connaître la douleur et ne peut se résoudre à autre chose qu'à l'accepter. Je poussais la porte avec la conviction d'un condamné, rejoignais ma cellule aux barreaux de soie - dernier péché d'une âme ne jurant que par le confort - et m'asseyais sur le coin de lit que sa conscience amoindrie avait daigné me laisser. Là, je m'apprêtais à sentir ses doigts décharnés courir sur ma peau comme des insectes s'appliquant à meurtrir un peu plus mes pores à chaque pas. Tirer, triturer, tenter d'arracher : manège vicieux. Elle diffusait sa peste en moi avec toute la rigueur de ces maladies sans remède. Pas de Pasteur pour moi ; je m'exposais toutefois. Il le fallait tout comme il fallait que, à chaque fois, je la regarde se décomposer durant quelques secondes. Pas plus, j'en étais incapable. Elle était gravement malade, et moi je la voyais souffrir sans rien pouvoir faire. Chaque jour, chaque heure un peu plus morte. Je crois encore parfois sentir la vie s'enfuir à côté de moi comme si il restait un morceau d'elle survivant pour me torturer quelques heures encore. On parle de s'endurcir ; moi, je n'ai jamais plus pu faire face à la mort. Lorsqu'elle s'approche, d'un silence presque satanique, je sens ses mains d'une sale blancheur se serrer sur ma gorge aux ecchymoses encore fraiches - celles qui ne disparaîtront pas. Mais je n'en parle pas, on m'appellerait "monstre" et me jetterais tout ce tas de pierre que bien d'autres méritent. Dans l'intimité de notre conversation, je vous l'avouerai pourtant : j'ai tant souhaité une rapide agonie pour ma mère, non pour elle mais pour moi. Pour ne plus supporter sa vue, ses cris, ses "petite garce" et autres salopes qui parsemaient son vocabulaire déjà défaillant. Et, sans doute, surtout pour cet amour qu'elle n'avait jamais su donner à cette enfant aux yeux bleus sans pour autant la détester publiquement, la frapper physiquement. Elle avait fait son boulot : elle m'avait expulsée, donné la vie. Etait-ce donc à l'enfant de la retirer à ses parents et de se retrouver face à toute son impuissance ? Ce ne fut pas une question d'éthique, plutôt de force. Alors, je fixais avec insistance le sol craquelé attendant qu'il libère l'enfer sous mes pieds.

Ebauches

[ textes cours ; je me sens plus à l'aise avec eux ]

sans titre.

Il me murmure que rien n'est assez grand ; qu'on frôlera la mort pour se frotter à la vie et qu'on dévalera les marches des tours d'ivoire ; qu'on s'y brisera les os pour mieux sentir le reste. Il me parle en millénaires pour mieux nous perdre ; il me traîne dans le bal de ses chimères, là où virevoltent les couleurs. Et, quand il me rassure, on entend dire que ces histoires ne s'écrivent qu'au pluriel - du nous et des grandes lettres.

neverland is my homeland.

Je suis cette ombre se perdant dans la folie alors que d'autres ne font que se tromper de rue. J'ai cru en l'avenue des délices, qu'il y avait un peu de place pour la venue du bonheur, et je cours pour ne jamais arriver nulle part. Ils disent que je mets un point d'honneur à n'avoir aucune attache, que j'arrache les cordons ombilicaux avec la régularité de cet enfant qui pleure. Je n'ai jamais atteint ce chez soi qu'on fait miroiter au loin. Oh Homme, sweet Homme ! Rien de plus qu'une masse se faufilant entre les ligaments d'un monde auto-proclamé vivant, rien de moins. C'est moi. J'ai des idées que l'on a jamais su arrêter et des rêves à modeler. Matière libre et informe, rien d'autre, monsieur. Je lui avais demandé si une fille comme ça lui suffisait. Il a sourit, c'est bien assez.

j'ai empli les océans de mes bouteilles. est-ce, oh, est-ce ? entendez-moi !

Ton souffle étreint encore l'aube de cette pénible douleur. lit vide ; livide de nous. Je cherche encore ces mots, ce nords, ces suds et tous leurs rivaux. Je gratte mon corps, meurtris mes pores pour ne rien trouver de ces promesses presque inavouées, rien déceler de nos sentences en anglais. Parce qu'ainsi on avait l'impression de moins en dire, de tout cacher de nos pudeurs mal contrefaites - ersatz de passion. C'était beau, ces formulations parfois abstraites, quelques fois étrangères, toujours épurées et maladroites souvent. Un instant, j'ai su arpenter ces routes condamnées. Aujourd'hui, je ne sais plus qu'y trébucher.

Et on se mutile en corps, à distance, en silence. Encore.

sans titre (2)


J'ai encore sur les hanches, les traces de tes errances.
les apothéoses déstructurées des âmes rances.
Volte-faces ; brefs et fols appels à l'existence.

sans titre (3)

C'était les jours de nos dix-sept ans. Oui, les, pluriel indomptable.
Je ne veux pas grandir.
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MessageSujet: Re: bouteilles à la mère; textes © Laly.   Ven 2 Avr - 18:03

    Magnifique. C'est d'une poésie...
    J'ai beaucoup aimé "Pirate au long cours" mais j'ai eu un énorme coup de coeur pour "sans titre". Tu manies si bien les mots, j'admire
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